Chapitre premier
Le clochard glauque
Jonathan
sortit calmement de son bureau. Il avait enfin fini son chiffre et
comptait prendre une pose bien méritée. Ce n’est pas tous les
jours qu’il pouvait profiter d’un après-midi complet.
C’était en fait un congé qu’il avait demandé à son
patron pour aller à l’enterrement de son père qui était
malheureusement mort dernièrement d’une tumeur au cœur.
Ce n’est pas qu’il était vraiment attaché à son père,
mais sa mort lui produisait une sorte de vide comme si le fait que
son paternel ne soit plus là pour critiquer ses moindres actes et
défauts lui empêcherait de progresser encore plus dans la vie et de
s’améliorer dans ce qu’il fait. Car même si tous ses
reproches étaient comme un coup de couteau qu’on lui portait
en plein cœur, ça lui permettait de mieux progresser dans la
vie et d’éviter ses erreurs passées.
Il venait à
peine de recevoir son diplôme en comptabilité et gestion
d’entreprise. Pour cette grande réussite, ça lui avait pris
des heures et des heures d’études, de temps plein à son
ancien travail à mi-temps, de cafés bus, de perte de temps avec ses
amis, de cours, de pitonnages sur sa calculatrice et de tout ce qui
vient à l’âge adulte. Ça n’a pas toujours été facile
pour ce jeune homme à l’intelligence logico-mathématique très
développée, mais il a réussi à s’en sortir et à obtenir un
métier à son calibre et qui est fait pour lui.
En descendant
pour se rendre au hall d’entrée du bâtiment, il passa proche
de la machine à café. Il se dit qu’un café ne lui ferait pas
de mal qu’après tout il était un peu fatigué et qu’un
regain d’énergie, bien qu’imagé, ne lui ferait pas de
mal donc il s’attesta à celle-ci et y mis un dollar, ce qui
était alors le prix d’un gobelet de café. Lentement, son
gobelet se remplit du liquide chaud et brunâtre. Lorsque la
dernière goutte fut tombée, il le prit et décida de le boire tout
en marchant.
Il passa
proche des bureaux de marketing, de relationnisme, de secrétariat
et autres bureaux utiles à l’entreprise O’Neill et
fils. Il ne connaissait personne à son travail et c’était
mieux ainsi puisqu’il n’était pas du genre à aimer
socialiser avec les gens. Les seules relations professionnelles
qu’il avait c’était avec son assistant-comptable et son
patron, mais comme dit, ce n’était qu’à titre
professionnel. Les gens semblaient comprendre sa réticence à ne pas
vouloir s’engager socialement puisqu’ils ne lui
adressaient jamais la parole et l’ignorait. C’était
mieux ainsi, ça lui permettait de se concentrer encore plus sur son
travail et de garder le calme qu’il convoitait
tant.
Il se rendit
à l’ascenseur et pesa sur le bouton REZ-DE-CHAUSSÉE afin
d’enfin quitter le boulot et de se rendre au funérailles de
son paternel, mais celui-ci semblait s’attarder, car plein de
gens se pressait de rentrer dans l’ascenseur et plus elle se
remplissait, plus ça semblait se compresser, mais finalement le
monde cessa de rentrer et l’élévateur se mit en marche. Ça
semblait long, la cabine sentait la sueur et l’haleine
d’après-repas. En plus de l’odeur insupportable,
l’ascenseur montait au lieu de descendre et plus de gens la
quittait plus elle se remplissait. Finalement elle descendit et
s’ouvrit sur le hall d’entrée.
Son café
encore en main, Jonathan se pressa de sortir de la cabine en
prenant soin de ne rien renverser. D’un pas rapide, il
s’approcha de la porte tournante, mais malheureusement, il
fonça, face-à-face, sur une personne qui s’en venait en sens
inverse. Sous le choc, les deux personnes tombèrent sur le cul et
un peu étourdi, Jonathan eut de la peine à se relever.
Lorsqu’il se mit debout, c’était comme si tout le mal
faisait surface, il eut une de ses migraines et son derrière lui
chauffait. Il regarda en face de lui pour voir qui il avait heurté
et sa constatation le pétrifia. C’était Brian O’Neill,
le fils de Gary O’Neill. Le vice-président de
l’entreprise, tout en se relevant, le regarda avec un regard
froid et plein de mauvais sous-entendu, mais soudain comme
s’il avait eu un dédoublement de personnalité, il opta pour
un sourire qui veut dire «Je sais que tu m’as foncé
dessus, mais je peux faire une croix pour aujourd’hui »
et s’approcha pour lui serrer la main. Surpris, Jonathan
répondit automatiquement au geste, n’ayant pas
l’habitude d’avoir de contact social avec les
supérieurs de l’entreprise.
-Bonjour, je
suis Brian O’Neill, le vice-président de l’entreprise,
s’adressa-t-il avec un sourire fendant voulant presque dire,
je me présente, mais j’en ai rien à foutre de
vous.
« Mais
je sais très bien qui vous êtes puisque l’on voit votre
visage et celui de votre père presque partout dans
l’immeuble » aurait bien voulu répondre Jonathan à son
vice-patron. Mais il s’en abstiendra, bien entendu,
puisqu’il ne veut avoir aucun problème avec le fils de son
supérieur, il se contentera alors de répondre :
-Moi, je suis
Jonathan Lowell, comptable au sein de votre entreprise.
Pour ensuite
paraître pour un simple employé faisant partie du décor, une autre
réplique de ses pions qui travaillent nuit et jour pour finalement
ne paraître que pour des travailleurs de bas-étage. Oh! Qu’il
aurait voulu être à la place de ce jeune homme et gérer cette
entreprise au complet, oh qu’il aurait bien voulu se faire
foncer dessus par un employé et faire comme si de rien était tout
en sachant qu’il à le pouvoir de le licencier s’il le
veut. Il l’aurait tellement voulu, mais le destin à voulu
qu’il soit un comptable de bas-étage, alors qu’il en
soit ainsi.
-Tiens, je
pense que vous avez échappé du café sur ma blouse, dit-il
d’un air faussement sérieux frôlant le comique.
-Euh…
Bah… vous n’aviez qu’à ne pas me foncer dedans,
se pressa de répliquer Jonathan mal-à-l’aise.
-C’est
vous qui m’aviez foncé dedans et de toute façon, je vais
passer ma chemise à ma secrétaire, elle saura s’en occuper,
elle est bonne dans tout, s’adressa O’Neill fils, un
sourire pervers aux lèvres pour finalement se presser vers
l’ascenseur pour, sûrement, vaquer à une occupation pleine de
sous-entendu.
Surpris et
soulagé Jonathan se dirigea vers la porte-tournante pour finalement
sortir de son lieu de travail, cette fois sans difficulté et sans
rencontre qui lui aurait fait perdre son temps.
Rendu à
l’extérieur, il s’arrêta quelques instants sur la
bordure du trottoir. Voulait-il vraiment aller à
l’enterrement de son père? Après tout il ne l’a jamais
aimé ni même supporté. Il pourrait tout simplement ne pas y aller
et profiter de cet après-midi pour se reposer chez lui et prendre
le temps de rattraper un peu son travail perdu.
Mais ne
voulant pas blesser sa mère par son absence, il décida que ce
serait mieux qu’il soit présent au salon mortuaire, à la
cérémonie d’église et à l’enterrement de son
père.
Alors,
blaser, il commença à traverser la rue avec le but de se rendre à
sa voiture qui était stationné dans un stationnement réservé aux
employés de sous-classe comme lui. Mais alors qu’il était à
peine rendu à la moitié de la rue, une voiture arriva à toute
allure en sa direction et sans prendre garde au pauvre piéton qui
traversait, le conducteur mit son pied sur l’accélérateur
pour rouler encore plus vite. Stupéfait, Jonathan resta figé comme
paralysé par la peur et en sachant que faire couvrit sa tête de ses
bras comme pour enlever l’éventualité de toute possibilité de
choc ou de coup grave.
Les piétons
qui passaient s’arrêtèrent surpris et à la fois déchaîné à
l’idée de voir un homme en danger de mort. La voiture se
rapprochait de plus en plus vite, la voiture était à peine à trente
centimètres de son corps. Après des secondes qui lui semblèrent des
minutes, il sentit quelque chose le heurter. Ses bras se
délassèrent de son crâne et son crâne rebondit stupidement sur le
sol, suivit par le reste de son corps. Tout devint sombre, il avait
l’impression d’être entré dans une sorte de sommeil
léthargique, mais il savait qu’il n’était pas mort, car
il sentait son crâne pomper comme si celui-ci allait
exploser.
Sa respiration était haletante, il avait un nœud au
creux de l’estomac comme s’il voulait pleurer, mais sa
fierté lui dit le contraire et il commença doucement à reprendre
son souffle.
Il ouvrit
rapidement les yeux et remarqua qu’une foule s’était
formé tout autour de lui, chuchotant il ne sait quoi à son propos.
Il essaya de se relever, mais ça lui semblait très difficile et
très douloureux.
Une main se
tendit en sa direction, il allait la tenir avant de remarquer
qu’elle était sale et noire de poussières. Dégoûté, il retira
rapidement sa main.
-Monzieur, un
peu de zentillèze ze vous prie. Ze vous ai tout de même zauver la
vie, marmonna le vieillard dans sa barbe qui était aussi sale que
ses mains.
Alors par
pure éthique (la courtoisie n’étant point un mot qui
qualifierait Jonathan), il retendit sa main et le vieillard le
releva d’un coup de poignet.
-Euh…
Vous avez de bons poignets, fit Jonathan
mal-à-l’aise.
-Ze les
muscle tous les zours à gallon de whizky, ze les compte plus, un
par zi, un par là, z’est rendu une vraie routine. Vous
zevriez ezayer, z’est vraiment patrick, zézaya malhabilement
le vieux clochard alcoolique.
-Hum
ouais… J’essaierai quand je serai aussi mal pris que
vous, ironisa-t-il face à son « divin »
sauveteur.
-En tout cas,
ze vous en dois une! Ze n’ai pas tous les zours que ze me
fais des amis comme vous. Un zour, si vous avez besoin de moi, ze
serai là. Pour n’importe quoi. Ze zerai prêt à partazer mon
âme avec la votre… Parole d’empereur! Z’ai dézà
été empereur, vous zavez! Mais z’étais dans une autre
vie.
-Ce
n’est pas plutôt moi qui vous en dois une? Demanda Jonathan
surpris.
-Non,
d’izi une zemaine, z’aurai chanzé d’apparence.
Vous ne me reconnaîtrai même plus, donc z’est moi qui vous en
dois une.
-Euh…?
De…? Comment? Balbutia Jonathan mélangé.
-Ze vais me
tuer et ze deviendrai zun nouveau homme. Zi vous avez besoin
d’une nouvelle âme pour vous aider, ze zerai touzours là, dit
tout simplement le vieillard saoul.
De plus en
plus mal-à-l’aise, Jonathan quitta les lieux sans répondre au
clochard fou, plusieurs personnes essayèrent de le bloquer, lui
disant qu’il serait peut-être mieux d’attendre
l’ambulance, mais il avait assez de retard pour
l’enterrement de son père. Alors il se dépêcha
d’embarquer dans sa Ford Focus et démarra sa
voiture.
Ce
n’est qu’après une demi-heure de route qu’il
arriva au salon mortuaire. À l’extérieur, il croisa plusieurs
proches de sa famille qui furent surpris de son état et qui se
pressèrent de lui dire que sa mère l’attendait devant le
cercueil de son père.
Donc il se
pressa d’entrer à l’intérieur et fut un peu touché de
découvrir sa mère détruite devant le cadavre de son feu mari. Il se
rapprocha délicatement d’elle, lui fit un câlin et lui donna
un bec sur la joue. Ne sachant que dire, il garda le silence et
contempla le cadavre de son père. Il était blanc, presque marbre.
Son visage était figé pour l’éternité. Il n’avait pas
de cheveux à cause de la chimio, mais comme pour faire hommage à
son ancien lui, sa mère avait insisté pour qu’on mette une
perruque sur le mort. Au lieu d’avoir son sourire
continuellement moqueur, sa bouche était droite, comme rigide,
ficelé pour ne pas qu’elle s’ouvre. En bref, il
ressemblait aux autres morts.
Blasé de sa
constatation, Jonathan se retourna, dos au mort. Sa mère se
retourna vers lui et inquiète lui demanda ce qui n’allait
pas. Il lui mentit et lui dit qu’il n’avait rien, alors
elle insista encore et encore pour finalement entendre sortir de la
bouche de son fils :
-Je ne
l’ai jamais vraiment aimé et je viens de constater
qu’au fond ce n’est pas que je ne l’aimais pas,
je le détestais.
Sa mère le
fixa et tomba en sanglot, elle ne croyait pas ses paroles. Son fils
ne pouvait pas détester son père, dans sa mémoire, ils
s’étaient toujours appréciés, des fois ils se querellaient
mais jamais au grand jamais elle n’aurait pensé que son mari
et son fils se haïssaient. Le savoir fut comme un coup de poignard
qu’on lui aurait donné en plein cœur.
-Alors
pourquoi es-tu venu le voir? Hein? Pourquoi tu nous fais ça?
Haleta-t-elle.
-Car je ne
pouvais pas te laisser seule… et je sais qu’au fond
toi aussi tu ne l’as jamais aimé.
-Mais…
Tu ne peux pas dire ça… C’est ton père,
s’effronda-t-elle.
-Oui, je le
peux.
-Jo’… vas-t-en, ne me parle plus, je
t’en supplie. Je ne veux plus te voir. Je ne te
reconnais…
Il ne laissa
pas le dernier mot à sa mère. Il partit sans aucune condoléance,
sans aucun regard vers ses parents. Il resta froid et rigide comme
il l’avait toujours été et comme il le restera toujours. Sa
mère n’avait même pas remarqué dans quel état il était, elle
n’avait d’yeux que pour son feu père, elle
n’avait porté aucune attention pour lui. Si c’était
comme ça, il la détesterait elle aussi. De toute façon, il ne
perdait rien puisqu’il n’avait jamais aimé la présence
des gens aussi proche qu’ils soient.
Alors il
embarqua sa voiture et conduisit en direction de son travail. Pas
question de perdre son temps, il se consacrerait au plus important,
travaillé.
En descendant
de sa voiture, il croisa le regard du clochard qui semblait plein
d’espoir, mais il passa à côté comme si de rien
n’était. Il rentra dans l’édifice et fit face à
plusieurs regard surpris de le revoir entrer, mais il ne les
remarqua point. Il entra dans l’ascenseur et au lieu
d’appuyer sur le trois (qui était son étage de travail), il
appuya sur le huit ce qui le mena à l’étage
d’administration, il passa devant plusieurs bureaux
qu’ils ne l’intéressèrent pas jusqu’à arriver
face à l’inscription « Brian O’Neill :
Vice-président ». Décidé, il cogna à la porte qui
s’ouvrit après quelques minutes.
Puisqu’il n’y avait plus rien qui le retenait
dans sa vie, Jonathan se fit un plan dans sa tête. S’il
pouvait tout simplement se lier d’ « amitié »
avec Brian O’Neill, il pourrait sûrement réussir par quelques
moyens d’obtenir une promotion dans un grade plus élever et
il pourrait par la suite rencontrer Gary O’Neill, le patron
de l’entreprise pour finalement entretenir une vraie relation
professionnelle avec lui ce qui pourrait sûrement le monter au rang
de vice-président s’il réussit à monter O’Neill père
contre O’Neill fils. Bien que son plan lui semblait très
machiavélique, dans sa tête il était pour autant réalisable et
c’est dans cette idée qu’il salua le fils de son patron
et qu’ils échangèrent une conversation où Brian lui révéla
certains détails chauds de sa vie ce qui compte la relation
qu’il entretient avec sa secrétaire.
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Fin du
premier chapitre
Cela fait une
éternité que je n'ai pas mis le premier chapitre et j'en suis très
désolée. Mais je me suis reprise et en voici la preuve.
Alors,
comment avez-vous trouvé? Était-ce ennuyant, bon, étrange ou
n'importe quoi d'autres? J'attends vos critiques avec
impatience!
Bizoux All
-
Laulaue -